SINGAPOUR : 3 au 5 juillet 2019

Par Manu pour les Nems

Nous quittons avec émotion l’Indonésie, conscients que nos prochaines étapes : Singapour puis la Malaisie seront l’amorce de notre retour vers l’Europe.

Nous survolons la Papouasie, impressionnés par le paysage monotone, mais très graphique que nous surplombons. Il s’agit, sur des milliers de km², de plantations de palmiers à huile, moi qui pensait que la Papouasie était une contrée sauvage, peuplée d’espèces rares, évoluant dans des forêts primaires…

Nous voici dans l’immense aéroport de Singapour. Au dessus de nous, une pancarte indique le temps de marche pour le terminal B : 19 minutes…19 minutes de marche entre les boutiques de luxe, certainement une des plus grandes galeries commerciales d’Asie.

Nous consacrons 2 jours à la découverte de la ville. La mosquée Masjid Sultan et son quartier musulman transformé en boutiques à touristes a un côté Disneyland, mais lorsqu’on s’éloigne un peu, on découvre, derrière les échoppes, des façades décorées de Street Art.

Little India est un vrai quartier indien, mais façon Singapour : c’est à dire très commerçant, propre, calme, peu pollué.

De même, le quartier de China Town propose une Chine sans les caméras, plus propre, plus détendue que celle de Pékin. De nombreux Chinois viennent s’encanailler ici, loin de chez eux, ils sont expansifs, rendant les rues bruyantes lorsqu’ils posent pour une photo dans des positions improbables.

Mais c’est vers Marina Bay, quartier moderne, dominé par un hôtel incroyable : 3 immeubles surmontés par une «coque» de plus de 100 mètres de long hébergeant une piscine à débordement que nous poursuivons. Mais comme on n’a pas les moyens de s’offrir une des 2500 chambres, direction le centre commercial voisin. Les enfants découvrent le prix du luxe, comme cette veste à 7000€ : «le prix de la voiture de maman+ celle de papa!», ou ces montres franchement tape à l’oeil où l’on cherche les aiguilles perdues au milieu des diamants, valeur unitaire : 137 000 Dollars.

Nous quittons le centre commercial, sa rivière artificielle et ses gondoles, pour découvrir un fabuleux parc : Garden By the Bay.

Un parc incroyable dominé par 19 supertrees, des arbres artificiels faits de tubes métalliques, végétalisés par des plantes grimpantes. L’effet est saisissant, surtout lorsqu’on parcourt la rampe à 15 mètres au-dessus de la canopée. A la nuit tombante, les supertrees s’illuminent puis c’est un son et lumières qui enchaîne sur des airs de Bizet, Gounod…magique!

Singapour nous aura montré une autre facette de l’Asie, une ville verte, riche, propre, calme, multiculturelle, on comprend pourquoi elle est une des destinations de prédilection des expatriés.

Nous quittons la cité-état en bus puis traversons la frontière à pieds, nous voici en Malaisie, à la gare routière de Jorod Bahru. Les bus ont été pris d’assaut en ce week-end, il ne nous reste plus qu’à affréter un Grab (le Uber asiatique) pour Malacca.

Bunaken : des tombants à tomber – 24 juin au 3 juillet

Par Manu pour les Nems :

Les enfants semblent avoir contracté la même infection que moi : ils ont des plaques rouges sur les jambes et à court d’énergie, une légère fièvre les a gagnés. De mon côté, les symptômes évoluent : outre une grosse perte d’énergie, j’ai maintenant les tendons d’Achille douloureux, et comme, de retour à Manado, on a eu la bonne idée de prendre une chambre au dernier étage, je gravis les escaliers en marche arrière, inutile de dire que les hôtes qui me croisent esquissent de gros points d’interrogation.

A l’hôpital, un panneau attire mon attention : «cette semaine, remise de 20% sur les examens». Chouette, c’est les soldes! Et vous avez une promo spéciale «famille»?

Dans la salle d’attente, où un papy joue du piano, nous croisons Mélissa, la stagiaire de Tumbak, venue passer des radios qui révèlent une deuxième hernie discale, qu’elle a décidé de traiter à son retour en France…dans 2 mois.

Pour nous, c’est moins grave : les analyses révèlent une petite infection, on repart avec les médicaments pour nous remettre sur pieds.

Nous passons une nuit supplémentaire à Manado, histoire de nous requinquer avant de reprendre la route. Nolwenn aurait rêvé de lieux paradisiaques pour son anniversaire, ça sera pour une autre fois. Nous profitons quand même d’une bonne table et décidons de renoncer à randonner jusqu’au cratère du Lokon. Demain, c’est décidé, direction Bunaken, le lieu parfait pour se reposer et profiter encore un peu des merveilleux fonds marins du triangle de corail.

Par Élise pour les NEMS :

Nous sommes à Bunaken depuis deux nuits ce soir ce sera la troisième. On passe notre temps à lire, manger, snorkler, rédiger, jouer au cartes ou autre chose et bien sûr les devoirs…

C’est une super guest house à deux pas de la mer avec hamac et de la bonne nourriture et bien sûr personnel très sympathique…. Le 3ième jour, nous partons pour un autre hébergement, de l’autre côté de l’ile.

Pour y aller nous prenons un bateau. Pareil : hamac, la nourriture est bonne… Mais les chambres sont plus confortables. Après avoir posé nos affaires, nous avons fait un très beau snorkling. Le soir nous avons dû nous coucher tôt parce que le lendemain c’était plongée!

Par Manu pour les Nems :

Au village, l’atmosphère est paisible : on construit un bateau en bois, on palabre, on va à la messe le dimanche, on pêche, on regarde les enfants jouer sur la plage…

Ce matin nous nous réveillons vers 7h. Après une première plongée où notre guide, passionné de macro, passe son temps à chercher de minuscules hippocampes qu’il ne trouvera pas, nous profitons pleinement de notre dernière plongée du voyage, sorte d’apothéose multicolore. Nous sommes ébahis par la richesse et la variété de la vie qui prolifère le long du tombant vertigineux. Nolwenn me fait signe : une raie aigle glisse quelques mètres en dessous de nous, tandis que notre guide en pointe une autre, 18 mètres plus haut, aux abords de la surface.

Le moniteur allemand qui accompagnait Elise, est aussi enthousiaste qu’elle : ils ont vu trois requins, au moins cinq tortues, des nudibranches…

De son côté, Sacha est très démonstratif, il faut le voir imiter le bébé requin qui s’abritait dans sa grotte…

Nous profitons d’un dernier coucher de soleil sur les volcans voisins, et après une journée de transit, c’est par le hublot de notre avion que nous dirons au-revoir à Bunaken et à l’Indonésie.

Le monde de Nemo (Tumbak, du 21 au 24 juin)

Yoan Parizot, biologiste français, habite en Sulawesi depuis près de 15 ans. Venu pour un stage, il s’est investi dans des associations humanitaires avant de connaître sa compagne et de fonder une famille. Passionné de fonds marins, il est devenu « jardinier de la mer ». Il « bouture » des coraux sur des cailloux tout autour des logements qu’il a construits, des maisons sur pilotis dans la tradition des maisons bajo, les gitans de la mer.

Nous passons 3 jours dans ces maisons, au milieu de l’eau, ravitaillés par bateau pour tous les repas. Mélissa, stagiaire pour 4 mois dans cet îlot au bout du monde, nous sert de « guide de snorkelling ». Passionnée, elle se contorsionne pour nous montrer nudibranches, mandarins et Némos. Des Némos, nous en verrons des centaines lors d’une sortie snorkelling avec Sacha.

Nous aurons aussi la chance d’apercevoir des dizaines de requins….

Entre deux snorkelling parmi des jardins de coraux colorés, nous papotons avec des voyageurs au long cours, Henri et Annabelle, Cédric et Laura et Mélissa.

Des plaques rouges et douloureuses apparaissent sur les jambes des enfants, ils manquent d’énergie, Elise a de la fièvre…Nous suspectons qu’ils souffrent de la même infection que Manu. Ce dernier n’est d’ailleurs pas très vif non plus, il rage de ne pas pouvoir profiter pleinement des fabuleux fonds marins à portée de palmes..mais le soir, il fait courageusement le guet…un locataire imprévu s’est invité sous notre plancher …

Un grand merci à Mélissa pour son enthousiasme et son crédit photos !

Requin Baleine et Hopital : du 18 au 21 juin

Par Manu pour les Nems.

Après avoir fini notre nuit sur le bateau à quai, nous voici à Gorontalo : la principale ville du Centre Nord de Sulawesi. Je pose le pied sur le quai et ressens une douleur à la cheville, mais bon, ça va passer…Nous posons nos sacs chez Harry et Mimin, une famille accueillante : Mimin est chaleureuse et toujours prête à rendre service pendant que son neveu guitariste, qui a repéré notre accent français, entonne «Jean Petit qui danse!». J’examine ma cheville douloureuse et l’exhibe à Nolwenn :

  • regardes, là, c’est gonflé, non?
  • Peut-être un peu, mon pôôôôôvre chéri!

Devant ce peu de compassion, je remballe ma douleur ; d’autant plus que je ne me suis pas tordu la cheville et n’ai pas subi non plus de morsure. Sûrement la fatigue d’une nuit trop courte, ou la chaleur écrasante dès le matin.

Gorontalo n’est souvent, qu’une ville de transit, mais à 10 kilomètres existe un lieu où on peut aller à la rencontre des requins-baleines : le plus gros poisson (4 à 15 mètres) peuplant les océans terrestres. Nous voici dans l’eau, équipés de masques et tubas à quelques mètres seulement du rivage, entourés de 3 bateaux mûs par des rameurs. Nous nageons à la recherche des animaux, vu leur taille, s’il y en a un qui se pointe, on ne devrait pas le louper! Tout à coup, remontant des profondeurs, une forme noire se rapproche, mais c’est énorme! Le poisson passe à quelques mètres de moi et se dirige vers Nolwenn et Elise. Je remonte, Nolwenn m’interpelle «tu as vu quelquechose?» ; je cache mon excitation et lui fait signe de s’immerger…elle se retrouve à quelques dizaines de centimètres face à la gueule de l’animal. La bouche doit mesurer 90 cm de large. Impressionnant. Puis le requin baleine poursuit son chemin, évitant d’une douce ondulation de toucher nos petits corps immergés. La peau noire du poisson est constellée de petits points blancs, sorte de voûte céleste propre à chaque animal.

requin baleine

Le moment est magique : observer ce spécimen (6 mètres de long) si gracieux est un privilège rare, mais au moment de repartir, nous sommes partagés : si le centre utilise des rames et a proscrit les moteurs pour préserver les animaux, force est de constater que les rameurs déversent quantités de nourriture pour attirer les requins-baleines, risquant ainsi de perturber le cycle migratoire d’une espèce menacée.

C’est sur ces questions éthiques dont nous débattons en famille que nous regagnons notre logis. Le volume de ma cheville a encore augmenté, mais bon, avec quelques médicaments, ça va passer…

Le 20 juin, c’est à 5H du matin que nous montons dans le taxi que nous avons affrété pour notre destination : l’embarcadère de Tumbak (10H de route au Nord-Est de Sulawesi).

La route est très sinueuse mais les paysages superbes. La forêt recouvre encore une grande partie de la région, les côtes sont préservées.

Malgré les médicaments, ma cheville est toujours douloureuse et des rougeurs sont apparues sur d’autres articulations. Notre location à Tumbak est sur pilotis, au dessus des flots et à 15 minutes de la côte et surtout à plus de 3H de route de l’hôpital de Manado ; aussi nous décidons de faire un détour par l’hôpital de Manado. Nous n’avons pas compris le diagnostic, mais nous repartons avec de nouveaux médicaments.

Nous traversons ensuite le nord de l’île, passons au pied du volcan Lokon, traversons des villages qui embaument les clous de girofles; qui sèchent sur des bâches à même le sol.

Nous voici enfin à destination : Tumbak.

Les Iles Togian, un paradis au bout du monde, du 4 au 18 juin .

SANDY BAY

Sacha pour les NEMS

Ce matin , nous quittons Ampana pour les îles Togian . Nous arrivons tard le matin au port . Et Asran nous emmène dans une barque à Sandy Bay Resort .

Nous avons décidé de rester 6 jours dans ce resort. Quand nous arrivons en face de Sandy Bay, nous écarquillons les yeux : la plage est magnifique et l’eau est turquoise.

Asran vient nous donner la chambre. C’est un bungalow avec vue sur la mer de notre lit et un hamac sur la terrasse . C’ est super sauf que l’électricité n’est qu’à 17 h jusqu’à 11 h du soir.

– Pas mal du tout!!!!

Après s’être installé, je vais me baigner, et l’eau est autour de 30 degrés .

– Elle est chaude!!!!

Nolwenn pour les NEMS

Nous sympathisons avec Julia et Simon, un couple d’Allemands en vacances en Sulawesi. Ils prennent le temps de discuter avec les enfants dont les progrès en Anglais nous surprennent!

discussion togian

Chaque matin, Manu se lève aux aurores pour saluer sa tortue. Un soir, en rentrant d’un magnifique snorkeling à flan de reef, quelle n’est pas notre surprise de retrouver Romain et Daphnée !!!

Cette semaine au paradis s’achève déjà…des derniers adieux….

Et nous reprenons la mer pour…

ALE BEACH

Laura nous y accueille avec un délicieux accent italien. Ancienne baroudeuse, elle a posé ses bagages dans cette île il y a un an maintenant. Son mari part à la pêche pour nous régaler de poisson frais tandis que son fils, Alessandro, apprend les règles du Rummikub à nos enfants.

Laura passe du temps aux fourneaux et improvise de succulents repas italiens avec les ingrédients locaux. Au menu, pâtes à la tomate, foccacia, tiramisu…Ecoeurés des riz frits et pâtes sautées, nous savourons chaque bouchée!

La pluie incessante nous oblige à rester à l’abri. Au programme, lecture, partie de cartes, devoirs et discussions avec Laura. Entre deux éclaircies, nous allons explorer l’environnement sous-marin…nous avons même la chance de croiser le chemin d’une raie aigle.

Le ponton est aussi un terrain de jeu idéal pour les photographes amateurs que nous sommes.

C’est du même ponton que nous partons pour notre dernière escale dans les îles Togian:

KADIDIRI

Entre le billard,

la fête des pères,

des repas face au soleil couchant en discutant avec une irlandaise et la cuisinière, femme extraordinaire au rire éclatant.

et des snorkelings toujours aussi fascinants, nous en profitons pour faire une sortie plongée…

Mais voilà nos 14 jours sur les îles Togian déjà terminés…dire que je craignais de trouver le temps long… à peine, le pied posé sur le bangka qui nous mène au port, je rêve d’y revenir….

Ces îles du bout du bout du monde représentent pour nous, le point ultime de notre voyage. Nous avons un peu l’impression d’entamer le chemin du retour…

Tentena, du 1 au 3 juillet.

Ce matin, c’est groupé que nous quittons Yacob et sa famille : les Autrichiens devant talonnés de peu par Daphné et Romain, les enfants et moi, Manu quelques encablures derrière, en file indienne sous la pluie, sacs au dos comme une famille escargots!

13 heure de bus sur des routes qui serpentent et qui cahotent sont nécessaires pour atteindre notre prochaine destination, Tentena. Le bus nous y dépose de nuit, dans la rue principale, déserte, exceptées trois moto-taxis, que nous réquisitionnons illico. Si j’aime le voyage, c’est aussi pour ces instants, un peu hors du temp….seuls, ou presque, à traverser la ville, le vent frais du soir dans les cheveux, les enfants fièrement assis sur leur monture vers une destination inconnue…

A Victory, notre guest-house tenue par une adorable mamie, nous retrouvons Daphné et Romain et faisons connaissance avec Sonia, Nicolas et Nino, 6 ans, des Rochelais sur les routes depuis 6 mois. Le deuxième jour, nous louons des scooters, au programme : cascades puis déjeuner au lac Poso.

Les routes bien entretenues, sans circulation se prêtent bien à la balade. Dans les villages traversés, tout est fermé. Nous sommes dimanche aujourd’hui et les communautés, adventistes pour la plupart, célèbrent des messes intimistes dans les cours des maisons.

Petite pause déjeuner-baignade au bord du lac Poso…

Mais le vent se lève, le ciel s’ assombrit dangereusement…nous courons jusqu’à nos scooters, avec un peu de chance nous serons rentrés avant l’orage…mais n’est pas Madame Soleil qui veut…quelques kilomètres plus loin, la pluie drue dégouline le long de mon cou, traverse mon coupe-vent et me fouette le visage…quant à être trempées, nous roulons à travers les flaques d’eau pour le plus grand plaisir d’Elise!

Une bonne douche, au baquet!, plus tard, Sacha est prêt à jouer avec Nino et Jim, le petit-fils de la propriétaire.

Réveil à 4h40, ça pique!, pour un départ à 5h, en voiture partagée avec nos Rochelais, jusqu’à Ampana. La propriétaire s’est levée encore plus tôt pour nous préparer un petit déjeuner à emporter. Avec un clin d’oeil, elle nous signale qu’il y 2 panecakes en plus, pour les copains de Jimmy!!

A Ampana, Manu et moi allons nous ravitailler avant nos 15 jours dans les îles Togian: gâteaux secs pour le café, pain de mie, miel….et bières. Mais trouver des bières en plein Ramadan dans un pays musulman n’est pas chose facile….nous tentons notre chance dans plusieurs boui-bouis avant de rebrousser chemin, bredouilles…mais l’instinct reprend le dessus, une devenature attire notre attention, nous ralentissons…la vendeuse nous interpelle doucement « do you want bier?? »…et elle nous sort discrètement des Bintang, bière locale, de derrière le comptoir! Yes, mission accomplie. Nicolas et Paul, un autre Français sur les routes, profitent du filon!

Encore 6 heures de ferry

puis 20 minutes de petit bateau

et nous posons enfin les pieds sur le sable de Sandy Bay, aux îles Togian…

Pays Toraja (suite) : Red Bull!

De retour à la Guesthouse, nous sympathisons avec Daphné et Romain, couple de jeunes avocats qui ont laissé la robe à Paris. Il y a aussi un jeune autrichien un peu spézial dont le sport favori est de vous aborder pour rapidement amener la conversation vers ce qui est pour lui source de préoccupation permanente : la politique migratoire de sa voisine germanique Angela M. ….bien la peine de voyager…

Yacob est disponible les deux prochains jours et nous guidera pour une randonnée de 2 jours jusqu’à Batutumonga, à 1350m d’altitude. Mais avant la marche, direction le marché, où les producteurs vendent fruits, légumes et surtout d’excellents cafés (grand cru) moulus à la demande. Nous retrouvons également noix et feuilles de bétel, qui faisaient partie du décor au Myanmar. Mais c’est de l’autre côté de la rue que se situe le centre du marché : sur la grand place, des centaines, probablement plus d’un millier de buffles attendent leur nouvel acquéreur.

Quelques albinos, à l’écart, semblent surveiller les poignées de billets échangées entre marchands et clients. Les animaux sont bien gras, prêts à être sacrifiés aux prochaines funérailles. Ils proviennent de différentes provinces du pays, Sulawesi ne produisant pas assez de ruminants pour couvrir les besoins de la saison des enterrements qui démarre en ce début d’été. Sur la droite, des rangées de cochons saucissonnés autour d’une branche de bambou. Comme un avant goût du travail de charcutier à venir?

Nous évoluons dans des paysages de rizières verdoyantes, parsemé de maisons traditionnelles. Yacob nous fait remarquer le coq, qui, comme dans l’hexagone, domine le clocher de l’église. Il faut y voir un symbole de justice, celle des hommes avant celle de dieu : jadis, lorsqu’un conflit éclatait, un combat de coq était organisé, chacun des belligérant voyait son sort associé à un des deux gallinacés. Le vainqueur du combat désignant à son insu celui du procès. Aujourd’hui les avocats ont remplacé les coqs…

Les constructions traditionnelles du pays toraja, greniers à riz ou habitations, perchées sur 4 piliers, regroupées en hameaux, sont de moins en moins nombreuses : le toit de feuilles est peu a peu remplacé par des tôles, et la construction de maisons contemporaines moins coûteuses : cubes de bois ou parpaings, est de plus en plus fréquentes. Mais c’est bien dans une de ces maisons à la toiture fascinante que nous passerons la nuit.

La randonnée s’achève le lendemain. De retour à Rentepao, Yacob nous propose d’assister à un combat de buffles. Bah pourquoi pas! Le long de la petite route, la foule se masse, les yeux rivés sur la prairie qui sert de ring. Deux taureaux, sévèrement « équipés » déboulent des deux extrémités du champ, amenés par leur propriétaire. A peine un regard échangé qu’ils foncent l’un vers l’autre. Très vite l’un prend le dessus et l’autre la fuite sous les vivas des spectateurs. Ça a duré 15 secondes maximum. Nous assistons à 3 autres combats du même genre et décidons de rentrer après le prochain. Mais il s’ agit de combattants émérites. Ils prennent tour à tour le dessus sur l’adversaire, les forces dépensées sont énormes.

Ça pousse, ça tord, ça appuie, ça balance, ça cogne. Pendant deux longues minutes, ils se neutralisent en croisant les cornes avec celles de l’adversaire. On est entre boxe et judo. Sur leurs flancs, leurs noms sont tracés en lettres rouges ou blanches. Finalement « rouge » prend le dessus, parvient à rester la tête contre le jarret de « blanc », qui n’abdique pas. Après plus de 5 minutes intenses, « blanc », fatigué par les multiples coups de cornes de l’adversaire, le flanc écorché, finit par quitter l’arène de fortune, poursuivi par « rouge », triomphant. Blanc saute une barrière, un frisson parcours les spectateurs qui se ruent à l’écart. Fin du combat.

Le perdant aura l’honneur d’être sacrifié le lendemain, pendant que le vainqueur retournera sur le ring.

Une météo exécrable nous décide à regrets à quitter la région, dont il nous reste tant encore à découvrir…