Pays Toraja : Du 24 au 31 mai

Par Manu pour les Nems

Nous atterrissons le 24 mai à Makassar, la grande ville du Sud de Sulawesi (anciennement « îles Célèbes »). En cette période de ramadan, l’ambiance est festive, le soir, sur les quais, et la vue sur la nouvelle mosquée aux couleurs très 70’s nous plaît bien.

Nous voici à Rentepao, au coeur du pays Toraja, région dont je rêvais depuis plusieurs années. Mais si les maisons Toraja sont aussi étonnantes que dans mes rêves de voyage, nous n’allions pas tarder à découvrir autre chose : la culture et les incroyables rites du peuple Toraja.

Dès notre entrée dans la région Toraja, nous admirons ces surprenantes maisons traditionnelles aux toits incurvés. A l’origine de cette architecture unique, il y aurait eu une volonté d’honorer les buffles, animal que les torajas vénèrent ; à moins qu’il ne faille y voir une réminiscence des techniques des charpentiers d’antan qui construisirent les navires amenant le peuple Toraja en Sulawesi.

Nous élisons domicile à Mama Tia Guesthouse, un logement chez l’habitant, à savoir chez Yacob, sa femme et leurs enfants. Yacob est guide et bien occupé (il est parti pour une journée de repérage avec la chaîne National Geographic).

Aujourd’hui, c’est son fils Yassir, prêt à prendre la relève de son paternel, que nous suivons en scooter à travers les routes sinueuses de la région, jusqu’à une cérémonie -comprenez un enterrement. A l’entrée du village, Yassir nous conseille d’acheter une cartouche de cigarettes que nous offrirons à la famille du défunt. On nous installe sur une plateforme de bambous construite pour l’occasion. Les 200 invités arrivent progressivement : leurs habits sont sobres et élégants : sarong noir pour les hommes et robe noire légèrement brodée pour les femmes.

L’homme qui est mort repose dans une maison traditionnelle depuis plusieurs mois ; le temps que la famille ait pu réunir l’argent nécessaire pour organiser les funérailles, c’est à dire pour acheter les animaux à sacrifier : buffles et cochons.

Plus le mort est important et âgé, plus les sacrifices seront imposants : d’un cochon pour un enfant, jusqu’à 24 buffles ou plus pour les chefs de village. Au-delà de la quantité, Yassir nous explique qu’il existe 5 « classes » de transport pour accompagner l’âme du défunt dans l’au-delà. La rolls en la matière : le buffle albinos, dont le pelage est comme un avant goût annonciateur de la lumière divine. Son prix est équivalent à celui d’une petite maison et dépasse parfois 30 000 Euros. Comme les villageois, nous restons 2 heures à discuter sur notre plate forme, buvant thés et cafés apportés par la famille. Tout à coup, quelques cris et pleurs retentissent : dans la maison voisine, le corps a été tourné à 180 degrés, premier moment de la mort officielle puisque jusqu’à présent pour les toraja, l’homme était simplement malade!

Notre guide nous explique avoir dormi de nombreuses semaines dans la petite maison familiale avec sa grand-mère qui « dormait », embaumée à l’arrière de la pièce de vie. Durant ces périodes, les torajas apportent de la nourriture, parlent ou chantent avec leurs proches « malades ». Nous mesurons combien ces rites sont loin de nos cultures, il nous faut faire un vrai effort pour rendre le tangible concevable.

Un peu plus tard, deux hommes sur la place centrale exhibent tour à tour 3 cochons. Puis c’est le tour d’un buffle dont les minutes sont comptées. Son regard croise le mien et je me dis qu’il a un air résigné, après tout, c’est un honneur d’avoir été choisi pour la cérémonie. Bon, ça, c’était avant la scène suivante, car l’égorgement vire un peu à la boucherie : l’homme qui tient la longe s’y reprend à 4 reprises pour faire l’entaille décisive. Le buffle est maintenant allongé et aussitôt passé son dernier souffle, place à la découpe. Les morceaux, comme ceux des porcs seront répartis entre les invités. Lorsqu’il y a surplus, ils sont conservés dans le sel ou fumés.

Nous quittons finalement la cérémonie en remerciant la famille. Pour les Toraja, c’est toujours un honneur d’avoir des visiteurs/invités supplémentaires à honorer le mort.

Quand nous enfourchons toujours pensifs nos scooters, nous ne nous doutons pas encore que l’après midi nous réserverait d’autres émotions fortes…

Nous suivons Yassir entre rizières, collines, palmiers…certes, rien de nouveau après 8 mois en Asie, mais l’intensité du vert de la végétation, les maisons traditionnelles aux toits incurvés et aux parois décorées, le relief de collines dominées par les montagnes…bref l’harmonie de l’ensemble du paysage nous ravît. Nous posons nos montures dans un endroit entouré d’arbres. Au milieu de la clairière, trônent plusieurs menhirs de 2 à 4 mètres de haut, érigés en cercles.

Juste à côté une plateforme juchée à 2,50m du sol attend les prochaines funérailles. Plus loin, se trouvent plusieurs caveaux taillés dans la roche. Refermés par une petite trappe, ils abritent les dépouilles d’une famille.

Yassir nous emmène dans un bosquet et nous montre un arbre magnifique.

Notre guide nous explique qu’il s’agit d’un « arbre aux enfants ». Lorsqu’un nourisson décédait, jusqu’il y a quelques années, le corps était placé dans une cavité creusée dans le tronc pour l’occasion. La niche contenant le corps était refermée par des feuilles de bambou -nous en apercevons à 3 niveaux du tronc. Pour les toraja, l’enfant ainsi disposé poursuivait sa vie, nourrit par la sève et croissant avec l’arbre ; jusqu’à la mort de l’arbre qui signifiait arrivée directe au paradis. Ce rite nous paraît à la fois incroyable et après tout terriblement poétique.

Yassir nous apporte quelques précisions : les 3 jours suivant le décès, le corps était veillé par les proches afin que les sorciers ne viennent voler son âme. La mère quant à elle était interdite de visite sur le site car l’enfant aurait pu la rejoindre et ainsi mourir définitivement. Ah oui au fait, j’avais omis une petite précision : les torajas, bien qu’animistes sont chretiens et fréquentent régulièrement les églises qui jalonnent la campagne! Et dire que le pape n’est probablement pas au courant que St Pierre est entouré de milliers de buffles.

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