Tortues, tricots et la politique de la mer brûlée

Manu pour les Nems, du 9 au 22 avril

Si nous avons adoré nos 6 semaines chinoises, nous avions hâte d’aterrir aux Philippines, synonymes pour nous de la découverte d’une nouvelle culture (le seul pays chrétien d’Asie du Sud-Est), mais aussi et surtout de plages immaculées et de riches fonds marins. Mais pour l’heure, c’est à Cebu, sur l’ile homonyme que nous passons notre première nuit et la première impression est très mitigée : les rues sont sales, mal entretenues, la circulation très dense, la chaleur étouffante (39º ressentis), une énorme colonne de fumée s’échappe d’un squatte en feu…

Nous venons de décider de notre itinéraire : à l’inverse de notre périple vietnamien, nous n’emprunterons pas les « autoroutes » touristiques, nous nous contenterons des nationales, départementales et de quelques chemins perdus. Une fois les détails logistiques réglés : retraits banquaires sous l’oeil de vigiles lourdements armés, achats divers et réservation du prochain bus ; nous quittons Cebu pour la localité de Moalboal.

Après 3h30 à suer dans un bus brinquebalant, nous voici à destination. La station balnéaire est en travaux car le gouvernement a décidé de refaire le front de mer, comprenez raser les implantations anarchiques. Nous aurons le plaisir de nager parmi des millions de sardines (sic), et nous découvrons nos 2 premières tortues les yeux écarquillés. Par 2 mètres de fond, elles viennent brouter les algues et nous avons tout le loisir d’admirer leur carapace.

A la guesthouse, nous faisons connaissance de 4 jeunes Allemands très sympathiques. L’un d’entre eux connaît La Guerche de Bretagne!

Nous reprenons la route via bus, ferry et jeepney. Après un transit à Dumaguete, nous nous posons à Dauin. Le lendemain, nous nous joignons à Margaux, Kevin pour la France et Lucie, Mickael, voyageurs helvètes pour une expédition snorkling (masque+tuba), aux abords de l’île d’Apo.

Les coraux sont magnifiques, et si les poissons ne sont pas très nombreux, il y a une belle diversité. Les choses sont bien organisées : Elise et Sacha seront guidés par un des matelots qui tire une bouée à travers les récifs. Ils reviennent enchantés après avoir vu une dizaine de tortues dont certaines de plus de 80 cm. Quant à Nolwenn et moi, nous admirons 3 tricots rayés, serpents de mer qui ondulent par 3 mètres de fond. Même si nous savons que ce serpent n’est jamais agressif, un frisson nous parcourt l’échine lorsque l’un d’entre-eux remonte vers nous, car sa morsure est souvent mortelle. Au retour, nous recroisons nos 4 allemands de Moalboal.

Après un nouveau transit à Daumaguete, nous prenons la direction de Siquijor, l’île des sorciers. Dans le bus de Daumaguete, une femme m’a prévenu : « Siquijor, je n’y suis jamais allée, c’est un endroit étrange, il y a des esprits, faites attention… ». De fait, nous sommes la semaine sainte, celle où justement les druides se retrouvent sur l’île pour récolter des plantes et se rassemblent pour leur festival annuel – on se croirait dans Astérix!

Nous nous sommes installés dans le Nord de l’île et enfourchons les scooters, direction le centre de Siquijor où se déroule le festival. Mais nous découvrons que le gouvernement a mis fin au rassemblement pour le transformer en une petite kermesse : chants, stands, vendeurs de bracelets et massages. L’authenticité semble avoir disparue. Un stand, en surplomb des autres semble faire perdurer les traditions : un homme, le patient, s’asseoit sur un tabouret pendant que le « druide » passe autour de lui, une casserole d’eau bouillante à la main, un oeuf à l’intérieur. Le sorcier souffle dans l’eau avec une paille, la vapeur exhalée semblant être le remède recherché.

Sur le chemin du retour, nous admirons de magnifiques papillons attirés par les motifs floraux de la jupe de Nolwenn.

La faim nous taraude, aussi nous ne prendrons pas le temps de rejoindre la foule bruyante rassemblée autour d’un combat de coqs.

Durant nos 4 semaines aux Philippines, pas un jour sans croiser de fiers gallinacés dont nous admirons le plumage le jour et maudissons les vocalises la nuit. Nous apprécions la vue depuis la Villa Alta : quelques bungalows sommaires mais propres, posés sur la falaise.

La moitié de nos soirées se terminent à la chandelle. Nos hôtes nous expliquent que le courant électrique est coupé chaque soir alternativement aux 4 coins de l’Ile, mais qu’importe : les chaleureux propriétaires, leur manière de laisser trainer les syllabes en toute décontraction, en rajoutant des « heeeyy muuummm » à tout bout de champs, finissent de nous ravir.

A marée haute, nous slalomons entre les énormes étoiles de mer, qui seules semblent avoir survécu à la pêche à la dynamite. Un belge qui connait bien les lieux nous explique qu’au même endroit, les coraux étaient magnifiques il y a encore 5 ans! Bien qu’interdite, cette « pêche » qui ressemble plus à une cueillette, perdure à de multiples endroits, aux Philippines, mais hélas ailleurs aussi en Asie. Une sorte de politique de la mer brûlée!

Notre dernier jour dans le Nord de l’ile est passé à arpenter les routes très tranquilles de Siquijor. Nous faisons le plein à la station qui, comme toutes celles de l’île, utilise des canettes de soda pour remplir le réservoir.

Après avoir joué les tarzans aux chutes d’eau Cambugahay, nous terminons la boucle par la plage de Salagdong ou, le croirez-vous, nous rere-croisons nos 4 allemands de Moalboal. Sur le chemin du retour, au soleil couchant, nous croisons une procession : 200 personnes suivent en chantant des cantiques, une statue de Marie juchée sur une plateforme. Partout, en ce week end pascal, des processions et messes ont lieu. Est-ce l’effet du climat, de l’architecture des églises claires et larges ou des paroissiens peu stressés, toujours est-il que la religion catholique nous parait bien moins austère sous ces lattitudes.

Nous voici maintenant au Sud de l’ile. Casa James est un bon point de chute et à 3 km, les plages sont paradisiaques et les couchers de soleil…

Leurs abords sentent bon les beignets de banane. A 15 km de là, nous découvrons le Balete Tree, un banian sacré, aux multiples troncs. L’arbre est magnifique, un petit bassin se trouve à son pied, et une vingtaine de locaux y trempent leurs jambes, picorées par des poissons. Nous nous prêtons au même rituel et je suis très fier d’attirer à moi seul une vingtaine de poissons, fans de mes petons, pendant de longues minutes ; quand la plupart des autres se contentent de 3 ou 4 poissons au passage épisodique. « Z’avez vu, j’ai un fluide avec eux » pérorais-je…avant d’être douché par mon ingrate progéniture : « bin c’est juste que t’as les pieds sales, ils mangent les peaux mortes »…

Le midi, installés devant un Halo-Halo, nous voyons débarquer Amandine Agathe et Alex, que nous avions croisé à Dawei, dans le Sud du Myanmar ; et le soir, ce sont nos 4 allemands de Moalboal qui s’ installent à la même gargotte que nous!

N.B. : Pour les Philippines, nous avons choisi de rédiger quelques articles thématiques couvrant l’ensemble de notre parcours : situation politique, transports, paysages…Bonnes lectures.

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