Dangjiacun :

Du 26 au 27 mars par Manu pour les Nems

Nous quittons Xi’ An pour Dangjiacun. Nous traversons des paysages de canyons asséchés, la terre semble partir en poussière, les arbres sont tout secs, ici, en mars, aucune trace de verdure. A l’entrée de la petite ville, je remarque une fois de plus que le silence n’est même pas entrecoupé des cris des oiseaux. J’apprendrai quelques jours plus tard que l’Histoire y est peut être un peu pour quelque chose. En 1958, Mao, sûr de faire faire à la Chine un « grand bond en avant », découvre -quel génie-, la cause des récoltes de riz insuffisantes : les moineaux, coupables désignés, seront donc exterminés. Pour venir à bout de ces féroces volatiles, on détruit les nids et les oeufs, on zigouille les porteurs de plumes en masse, et le président ordonne même de faire du bruit en permanence pour empêcher les zoziaux de se poser. La méthode est radicale, et les moineaux tombent comme des mouches. L’auteur du petit livre rouge avait juste oublié le principe de la chaîne alimentaire, conséquence : 3 années sans récoltes (ravagées par les insectes), des famines dignes d’un autre siècle qui feront 30 millions de morts!

Mais revenons à Dangjiacun. Après avoir acheté le ticket permettant d’accéder à la vieille ville, et à l’ensemble des maisons-musées, nous posons nos sacs chez un jeune couple ; entre nous la barrière de la langue sera allègrement franchie à grands coups de Google traduction et de débrouillardise.

Le village est resté dans son jus, chose très rare en Chine, et les quelques visiteurs croisés en deux jours auront tous des têtes de Chinois. Notre hôtesse nous demande si nous sommes intéressés par une visite guidée. Ok, si votre guide parle anglais…Alors que nous pensons avoir à faire à un de ces guides pratiquant un anglais « écorché vif » ; débarque une jeune fille qui maîtrise mieux Shakespeare que nous. Sarah nous emmène dans les maisons traditionnelles transformées en petit musée depuis l’exode d’une partie de ses habitants. Le village date de 6 siècles, il fut fondé par une famille, les Hang, du coup, les habitants portent encore aujourd’hui quasiment tous le même nom de famille! On imagine les campagnes municipales : « le bilan de Mr Hang est mauvais, les candidats Mme Hang et Mr Hang ne proposent rien de neuf, seul Mr Hang est crédible ». Le bourg a miraculeusement conservé une bonne partie de ses bâtisses. Le plan est toujours le même : un grand patio rectangulaire bordé par 4 batiments.

A l’entrée : les parents, qui peuvent ainsi surveiller les arrivées de la rue et l’activité de leur progéniture. L’aile Est abritait les aînés, l’aile Ouest les cadets. Le bâtiment du fond, ou hall des ancêtres, était réservé aux invités, et servait aussi à honorer les aïeux. Il domine les 3 autres. Le respect et le culte des ancêtres est omniprésent dans l’architecture de ces bâtisses, ainsi, le portique d’entrée est surmonté d’un frontispice décrivant les valeurs revendiquées par le fondateur de la dynastie : modestie, éducation stricte, accueil…Ainsi gravées, les valeurs familiales étaient transmises de générations en générations. Sur la gauche de l’entrée, Sarah nous montre un tableau : là où nos yeux d’occidentaux ne voient qu’une scène qui mêle paysage et nature, notre guide y lit une symbolique qui ne doit rien au hasard : chaque détail de la gravure doit être interprété via son homophone, ainsi, le cerf est l’homophone de « choux » et les choux sont le symbole de prospérité…Le fondateur de la maison à donc voulu placer la prospérité comme valeur centrale pour sa famille.

Nous passons plus de deux heures passionnantes à nous imprégner de l’histoire de ce village. Il est temps de quitter à regrets Sarah et de régler avec enthousiasme la somme convenue. Mais à la vue de nos billets, celle-ci nous répond avec un grand sourire : « vous avez fait un long voyage pour venir jusqu’ici, c’est un honneur pour moi de vous avoir fait découvrir mon village ». Si ça c’est pas la classe! Après mille mercis, nous terminons la boucle au pied d’une tour (pavillon) ou les villageois nous invitent à tester le tir à l arc. Pas évident de s’improviser Guillaume Tell.

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