A Langzhong, le français c’est du chinois.

Du 17 au 21 mars. Par Manu pour les Nems

« Je n’avais pas imaginé ça comme ça » dans la bouche de Nolwenn, l’expression, comble de l’euphémisme, exprime généralement une grosse déception. Et force est de constater que le quartier de Langzhong où nous dépose notre taxi n’a rien d’engageant, quant à la rue sale qui devrait être celle de notre guesthouse, elle a des allures de coupe gorge crasseux. Le chauffeur nous dit, contrairement à notre GPS, qu’il n’y a pas d’auberge dans les environs, prend les choses en mains, se renseigne à droite, à gauche et nous dépose à l’entrée de la vieille ville. Avant de nous laisser, notre chauffeur échange avec quelques vieux qui palabraient avant de regagner leurs lits. Les retraités se font un plaisir de nous montrer notre adresse. Ainsi va le voyage en Chine : les rares fois où la technologie défaille, il y a toujours des locaux débrouillards et serviables prêts à nous venir en aide.

Dès le lendemain nous apprécions de loger dans la vieille ville, mais un peu à l’écart des rues refaites, celles que nous baptisons le « vieux-neuf ». De nombreuses boutiques proposent les fleurons culinaires de la cité : un vinaigre très réputé, presque sucré, à la saveur unique ; des pièces de viande de boeuf cuites au vinaigre de Baoning puis séchées et/ou fumées, et une huile très parfumée.

Nous prenons la direction du marché où l’on découvre que le légume croquant « à trous » que l’on apprécie depuis une semaine n’est autre que de la racine de lotus. D’autres légumes étranges nous surprennent, ils côtoient algues, poissons vivants, et poulets vidés, bizarrement beaucoup moins nombreux que le nombre de pattes exposées plus loin. La patte de poulet est un met très repandu, on en trouve aussi au supermarché et au menu d’une majorité de restaurants.

Un peu à l’ecart, une femme est assise, le pantalon retroussé et les jambes percées de centaines d’aiguilles : un vrai hérisson. L’acupuncture traditionnelle est pratiquée aux yeux de tous, le traitement peut être aussi bien curatif que préventif. Dans la rue adjacente, ça ronfle, ça fume et ça sent bon : une femme verse avec l’aide d’un entonnoir des graines de sésame dans une machine torréfactrice. A l’issue de ce travail, les graines chaudes sont transférées dans un pressoir. L’huile qui en coule est un autre ingrédient fondamental de la cuisine du Sichuan.

Nous arpentons la rue principale bordée de maisons aux tuiles épaisses, aux cours intérieures enchevêtrées, mais pour comprendre l’architecture du quartier historique, direction le musée Feng Shui. En effet, Langzhong fut construite suivant les préceptes de la géomancie, c’est à dire en tenant compte des énergies des éléments : de l’air et de l’eau, de l’orientation…De culture cartésienne, il nous tarde de comprendre cette doctrine pour nous faire un avis définitif sur la question. La visite commence bien : les panneaux explicatifs sont traduits dans la langue de Molière. Sauf que si les mots sont français, visiblement, leur auteur était totalement désordonné et im-pré-hon-can-sible. C’est même le fou-rire qui nous gagne après que Nolwenn a tenté pendant de longues minutes de comprendre ce qui ne pouvait l’être. Tant pis, la géomancie nous restera inaccessible encore pour de nombreuses années.

La vue du haut de la pagode Huangang sur les toitures de tuiles épaisses, l’ancienne école des fonctionnaires à la sélection « au mérite » exigeante et novatrice, ou notre vendeuse de petits pains toujours ravie de nous croiser au coin de la rue, nous confortent dans le choix de notre étape : nous adorons Langzhong.

Le supermarché WallMart, bien achalandé nous décide à opter pour un pique-nique dans le patio de la guesthouse. Nous choisissons différents légumes, quelques haricots de soja croquants, du tofu fumé, la serveuse mélange le tout dans un saladier, agrémenté de pincées de sel, poivre de Sichuan, sucre et cumin. Une cuillerée d’huile de sésame et de vinaigre et le tour est joué. A la sortie du magasin, sur le parvis, avec la nuit, les groupes de chinois se sont installés et ils sont cinq groupes de 20 à 40 personnes à pratiquer des danses au son des sonos, dont les rythmes semblent en corrélation avec l’âge des participants.

https://youtu.be/NXkY89H-A_s

Une fois les enfants couchés, nous nous offrons une dernière balade dans la vieille ville éclairée par des centaines de lampions. A 22h30, les derniers promeneurs chinois rentrent chez eux, la ville sombre dans la torpeur. Derrière quelques portes, émanent les voix des derniers joueurs de majong, le feulement des cartes sur les tables de jeux, le bruit des tasses de thé qu’on va laver après leur énième service de la journée. Bonne nuit!

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